Interview strapmaker : B1600 straps

Publié le 30 avril 2013 | Posté dans Accessoires

Cette semaine, notre petite série de rencontres avec les strapmakers qui comptent s'attarde sur un paneristi de talent : Bertone de B1600 straps. Relativement nouveau dans l'univers du bracelet aftermarket mais déjà une grande maitrise et une maturité paneristique certaine. Rencontre poitevine...

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Qui se cache derrière ce pseudo de B1600 straps ?

Thomas, 33 ans bientôt, poitevin sédentaire et amateur de beaux objets sans être spécialiste. J’ai toujours aimé les « belles montres » et quand le moment fut venu de m’offrir ma première vraie montre, j’ai recherché quelque chose de discret (qui connait Panerai si on compare à Rolex ?) mais ayant un vrai look. Après avoir hésité entre du très voyant (dans le style des BRM) et du soft, j’ai plongé chez Panerai avec une 112 qui m’a accompagné au quotidien pendant quasiment 3 ans.

 

Comment t’est venu l’idée de concevoir et fabriquer toi-même tes straps ?

Juste après l’acquisition de ma 112, j’étais déjà accroc aux forums où je découvrais toutes les possibilités de combo. J’ai rapidement fait l’acquisition de plusieurs bracelets et j’ai été assez déçu par pas mal de choses « réputées ». Trop de différences entre les photos des sites et le produit livré... J’ai donc commencé à tâtonner en bricolant quelques horreurs…

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Quel est ton parcours dans l’univers Panerai ?

Après avoir reçu ma 112, j’ai commencé à m’intéresser à la gamme contemporaine puis ensuite aux vintage (encore une fois sans en devenir un spécialiste) pour enfin découvrir la période Pré-V et début Vendôme. Les rencontres nombreuses et l’accueil magnifique des risti m’a permis de passer à mon poignet de nombreux boitiers et aujourd’hui je reste vraiment sous le charme du boitier bettarini, ce qui m’a conduit à faire l’acquisition d’une 009B récemment. J’espère n’avoir jamais à m’en séparer ! Maintenant, je rêve de faire un complément avec une 187, une 232 et une 000 pour le quotidien !

 

Comment se sont passés tes débuts dans le strapmaking ?

Au fur et à mesure de mes tests que j’ai pompeusement diffusés sur des forums, j’ai été surpris par les encouragements reçus et surtout par des premières commandes. J’ai donc pris la décision de lancer sérieusement cette activité (en dilettante toutefois) avec pour objectif de fournir des straps de qualité, bien finis et surtout ( !) confortables (je déteste une couture qui gratte…). Ça a été le début de la recherche des bons outils et des cuirs.

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Comment pourrais-tu définir ou qualifier ta production ?

J’ai beaucoup fabriqué de straps « ammo » mais j’en reviens. L’utilisation de pièces de cuirs anciennes et de petite taille rend chaque bracelet unique en termes de teinte et de souplesse (même si on peut toujours assouplir ces cuirs parfois très raides). Et parfois certaines commandes ultra précises sont difficiles à honorer puisqu’il est quasi impossible de produire le bracelet de la teinte exacte recherchée par l’acquéreur. Et je déteste livrer un bracelet qui déçoit…

J’ai donc commencé à proposer des cuirs neuf, « sourcés » auprès de tanneries qui travaillent à l’ancienne (tannage végétal lent, petite production). Mon stock est court, je préfère utiliser peu de cuirs mais qui soient de qualité, surtout dans la mesure où il est possible de personnaliser chaque bracelet avec le type de couture, de fil, de boucle et de choix divers.

Aujourd’hui, je travaille sur le lancement d’une gamme « standardisée » dans un état d’esprit Pré-V, avec plus de finesse. J’espère pouvoir présenter cette gamme dans les mois qui viennent, mais c’est une autre manière de travailler pour moi et je veux réussir à remplir mes critères habituels : qualité, finition et confort. En parallèle, je continuerai à proposer du sur-mesure pour des projets spécifiques.

 

Quelle place accordes tu à cette activité dans ta vie de tous les jours ?

C’est assez variable puisque cela reste un hobby pour moi. Je prends du temps en fonction du « dayjob » et de ma famille, même si j’ai un soutien infaillible des miens (Madame B.1600 excelle dans le contrôle qualité…). En gros, je dois y consacrer une dizaine d’heures par semaine.

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Décris nous un peu les différentes étapes de ton travail...

Pour le choix des peaux, j’ai fait beaucoup d’erreurs au début… On peut avoir un ressenti super positif sur une peau entière et obtenir un strap à 100 lieues de ce qu’on peut imaginer… Maintenant, je demande un échantillon, je construis un bracelet et je le teste en le portant moi-même. Au moins, je suis sûr du résultat.


Pour réaliser un strap, je ne m’impose pas de temps limite. C’est un temps où je m’aère du quotidien. Je prends le temps de faire la découpe des bandes de cuirs, de travailler leur épaisseur en fonction du désir du futur porteur puis s’enchainent ensuite les phases de découpe de précision, collage, travail des tranches, couture, finitions… Ce produit visuellement simple cache un travail de détail énorme. Le moindre défaut est très visible étant donné la surface réduite du strap. Il ne faut pas se rater, éviter le coup de cutter de trop et éviter d’échapper une alène (pour percer les trous de couture) sur un bracelet quasi fini…

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As-tu des échanges avec les strapmakers étrangers ou français ?

J’ai croisé deux strapmakers français il y a quelques mois à Lyon lors du Grand Rassemblement Paneristi France 4, organisé par paneristi.fr mais nous n’avons pas pris beaucoup de temps pour échanger. Mais selon moi, l’émulation existe ! On voit ce que chacun propose par le biais d’internet et cela pousse à toujours être précis et qualitatif (maudite testostérone…). Et je constate que cette niche attire de plus en plus de fabricants, qui parfois apportent vraiment de nouvelles idées. Malheureusement aussi pas mal d’opportunistes mais les ristis faisant preuve de bon sens, ils resteront marginaux selon moi.

 

Quand un client achète un strap de ta production, que vient-il chercher selon toi ?

Étonnemment, j’ai le sentiment que la relation humaine et souvent largement plus importante que le bracelet en lui-même. Discuter pour définir un bracelet, l’associer à une montre, comparer des idées puis finalement le livrer est une période ponctuée de dialogues qui peuvent diverger sur des sujets hyper variés. Très souvent, une vraie relation s’établit et la majeure partie des commandes que je reçois vient désormais de personnes possédant déjà un strap que j’ai fabriqué. Le fait que je ne communique pas joue pour beaucoup mais cela me conforte dans le fait que quand le courant passe, tout est possible.

 

Qui sont tes clients et d’où viennent-ils ?

C’est une variété incroyable de gens. Déjà, selon le continent (USA, Europe ou Asie) les désirs et façon de communiquer sont très différentes. Ensuite, je suis amusé de voir que le risti qui a économisé 10 ans pour s’offrir son unique montre comme celui qui en possède plusieurs se ressemblent sur le plan de la passion. C’est la passion pour un objet, une histoire et des rencontres. En tout cas, beaucoup d’idées viennent des clients, sur des choix de combinaison de cuir et de couleur de fil en vue d’y associer telle ou telle montre.

 

Pour toi Panerai c’est quoi ? Que représente Paneristi pour toi ?

Cette marque est pour moi un vent de liberté ! Une grosse montre qui n’attire ni les jalousies ni les remarques des anti Seguela. J’aime le côté à la fois rustique et élégant de ces montres.

Paneristi représente beaucoup pour moi puisque l’accueil que j’y ai reçu a été parfait ! Bien que je sois un peu reculé géographiquement, je garde toujours le contact et je suis ravi de voir certains risti(s) se risquer sur un resto poitevin entre 2 rdv ! Parfois je me demande si on ne parle pas de montres simplement histoire de justifier auprès de nos épouses les rencontres, repas et folles soirées !

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Quelles sont tes liens avec la communauté paneristique ?

Comme dit plus haut, un accueil sans réserve me concernant, il y aura bientôt 3 ans, que je garde en mémoire en permanence. Jamais je n’ai été pris de haut sur des questions de newbies. Le rythme est maintenant pris d’avoir régulièrement au téléphone ou par mail des membres de cette communauté, en France comme à l’étranger. On assiste parfois à des petites joutes politiques mais quand on garde en tête que finalement, ce ne sont que des montres qui déclenchent ça, tout va bien ! Continuons à prendre du plaisir et à le partager !

 

Raconte-nous le projet de strap le plus fou que tu aies eu à réaliser...

Il ne s’agit pas forcément d’un projet mais plutôt le fait de quelques collectionneurs américains ou européens qui, quand ils m’annoncent, après une première approche « soft », le nombre de bracelets qu’ils souhaitent me commander, sont capables de me traumatiser !