Interview strapmaker : Canotage

Publié le 27 mars 2013 | Posté dans Accessoires

Premier à ouvrir le bal d'une mini série de rencontres avec les strapmakers qui magnifient nos Panerai : un petit jeune qui monte, Charles Canotage. Patine au rendez-vous.

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Qui se cache derrière ce pseudo de Canotage ?

Charles, 46 ans, marié, 2 enfants, 1 chat. Passionné par : ma femme, mes enfants, la mer, la poésie, le strapmaking, la patine sur chaussure, la peinture (El Gréco, Zoran Music, Léon Spilliaert…), la littérature (Tabucchi, Djian,  Carver…), le Japon, l’amitié…

 

Comment est venue l’idée de concevoir et fabriquer toi-même tes straps ? Quel a été le phénomène déclencheur ?

Cela faisait déjà une dizaine d’années que je développais parallèlement à mon activité professionnelle principale (responsable de réseau commercial dans les assurances) une activité de patineur de chaussures (la patine de chaussures emportait l’avantage déterminant de m’apaiser et de contrebalancer le rythme plutôt trépidant de mon activité de responsable commercial). Cette activité a commencé à se développer et je me suis rappelé aussi qu’un autre de mes centres d’intérêt résidait dans l’univers horloger. Tout naturellement, à l’heure de changer de vie, j’ai eu alors l’idée de fabriquer des straps patinés et Canotage est né.

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Parle-nous de ton parcours dans l’univers Panerai...

J’ai acheté ma Pannie (une Panerai PAM 118) il y a maintenant 11 ans. A l’époque, ça a été un vrai coup de foudre. Ce qui m’a enthousiasmé : le côté épuré, la lisibilité, l’aspect brut sans concession, les origines marines de la marque (la mer est une autre de mes grandes passions).  Depuis, je l’ai toujours au poignet et je n’imagine pas de devoir la changer un jour (je suis du genre exclusif !).

 

Comment se sont passés tes débuts dans le strapmaking ?

Coupures au cutter, parage de la peau des doigts, piqures d’aiguilles ; ça, c’est pour les dommages physiques.
Cauchemars, idées fixes (mais comment faire ceci ? où trouver du bon cuir ?...), obsessions, névroses diverses, surexcitation permanente ; ça c’est pour les dégâts psychiques.
Depuis avec l’expérience, ça va beaucoup mieux : je me blesse beaucoup moins et je trouve un vrai équilibre de vie et une joie profonde à me retrouver quotidiennement dans mon atelier avec les odeurs de cuir tout autour et un bon café sur l’établi…

 

Comment pourrais-tu définir ou qualifier ta production ? As-tu des styles bien définis ou des styles préférés ? Quelle(s) est/sont ta spécialité(s) en matière de straps ?

Canotage, c’est 4 lignes de straps :
-    une ligne base
-    une ligne patinée
-    une ligne antique (cartouchières)
-    une ligne exotique


La ligne la plus emblématique, et celle qui me caractérise peut-être le plus, est la ligne patinée. Je fabrique donc des bracelets en cuir que je patine avec la même technique qu’une patine pour chaussure. J’utilise ainsi des teintures pour cuir que je dilue avec des huiles essentielles. Cela apporte de la couleur et une patine qui va continuer à évoluer avec le temps (comme la patine d’une chaussure).

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Quelle place accordes tu à cette activité dans ta vie de tous les jours ?

Aujourd’hui, mon activité de strap maker représente 60% de mon activité professionnelle (le reste de mon activité est consacré à la patine sur chaussures). Mon activité est source d’équilibre pour moi et j’ai l’impression de m’épanouir totalement depuis que j’ai crée Canotage.

 

Comment choisis tu tes peaux ? Quels procédés privilégies-tu ? Décris nous un peu les différentes étapes de ton travail.

Le choix des peaux est peut-être le plus important. J’ai 2 fournisseurs principaux et j’en rencontre des nouveaux très régulièrement, dans l’espoir de trouver toujours plus qualitatif.
Les étapes de fabrication d’un strap sont très nombreuses. En résumant, on pourrait dire : découpe, parage, collage, préparation de la couture, patine, finitions, couture (mais c’est vraiment résumé ; je pense qu’il y a plus de 50 étapes dans la fabrication d’un strap).
Pour ma part, toutes les étapes sont manuelles. Je n’utilise que de petits outils à main (alène, cutter, aiguilles, couteau à parer…).

 

As-tu des échanges avec les strapmakers étrangers ou français ?

Je connais l’Atelier Thibot. Il s’est créé quelques mois avant moi et c’est quelqu’un dont j’apprécie tout particulièrement le travail, notamment sur les peaux exotiques.
J’ai croisé aussi Bertone (B1600 strap) et là aussi, c’est quelqu’un pour qui j’ai le plus profond respect.
La qualité du travail de ces strapmakers -à laquelle il faut ajouter celle de Septimus- est certainement une source d’émulation pour moi.

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Quand un client achète un strap de ta production, que vient-il chercher selon toi ?

Je pense qu’il cherche un strap fabriqué de façon artisanale par quelqu’un qui est passionné par son travail et qui essaye de vivre honnêtement de son métier et de sa passion.

 

Qui sont tes clients et d’où viennent-ils ?

Vaste question : ils sont multiples, différents… Mais ce que j’apprécie chez eux, c’est leur honnêteté, leur sens de l’humour, leur fidélité, leur côté « passionné dingue »… Je crois pouvoir dire que ce que j’aime peut-être le plus dans mon métier de strap maker, c’est le contact avec mes clients.

 

Pour toi Panerai c’est quoi ? Que représente Paneristi pour toi ?

Une marque emblématique qui a su faire d’un passé historique riche une vraie force et Paneristi, un forum de passionnés ultra pointus.

Je suis membre de plusieurs forums dédiés à la marque, mais c’est encore une communauté que je découvre tous les jours. Je n’ai été présent, à ce jour, qu’à un seul GRPF. J’y ai rencontré des passionnés ultra sympathiques. J’ai été vraiment impressionné par leurs connaissances encyclopédiques.

 

Pour finir, raconte-nous le projet de strap le plus fou que tu aies eu à réaliser...

Chaque strap est une histoire. C’est déjà une rencontre avec quelqu’un qui va me décrire ses attentes, son projet. Ensuite quand j’en suis à la patine, j’ai pour habitude d’envoyer des photos pour que le destinataire puisse me guider afin de me rapprocher au maximum de ce qu’il a dans la tête. Et là, à ce moment là, je vous promets que tous les straps portent alors en eux la possibilité de basculer dans la catégorie des projets fous (genre : « moi, le fuchsia je le voyais avec un peu plus de parme, un peu comme la couleur d’Hyppolite le cousin de Casimir dans l’île aux enfants !.. »).

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